En fréquentant les VÉLO NOUVELLES, il vous est arrivé de temps en temps de lire des textes signés David Desjardins.
Publiés dans le magazine Vélo Mag ou sur le site web de Vélo Mag ou ailleurs. Signalons seulement, récemment, Le rouleau : un guide de survie et Éloge funèbre sans censure.
Ce matin La Presse nous apprenait que David Desjardins vit une sortie de piste abrupte comme journaliste.
Il a réagi sur facebook.
« Faque, c’est ça qui est ça.
Ma chronique d’adieu au Devoir sera publiée sur Facebook, plateforme qui, avec Google, suce goulûment l’argent des médias traditionnels. Goûtez un peu l’ironie.
On commence par la fin, si vous voulez bien : oui, j’aurais dû prévenir plus tôt l’ensemble de mes clients (je suis un pigiste, donc un entrepreneur, les médias sont mes clients et je suis un fournisseur de services pour eux). Mais c’est la seule chose pour laquelle je vais m’excuser : avoir mis dans l’embarras des amis, des gens que j’aime et pour lesquels j’ai la plus haute estime.
Cela dit, je ne me suis jamais mis en situation de conflit d’intérêts. J’écris des chroniques d’humeur qui touchent à des situations sociales, critiquent la société en général, parlent de mouvements sociaux, de tendances, d’événements, de politique, de vélo, de ma fille ou de ma blonde.
J’ai toujours utilisé le même sens de l’éthique et de justice qui caractérisait mes propos lorsque j’avais à choisir ou à traiter un sujet… Mais ces choix ne se posaient même pas vu la nature de mes chroniques, la plupart du temps subversives, qui venaient remettre en question notre conception du monde.
Bref, elles n’avaient de journalistique que la rigueur de l’écriture et leur support.
D’où le peu d’intérêt que je voyais à aviser mes clients médiatiques de mes nouvelles activités.
Mais si tous ne le savaient pas encore, j’avais commencé à en parler directement. Y compris au Devoir.
Aussi, il aurait été intéressant que le journaliste de La Presse qui a choisi d’éviter toute forme de nuance précise -car je le lui avais dit- que ma lettre de déclaration d’intérêts pour 2014 ne mentionnait pas ma compagnie, mais celle de 2015, oui. Et que Le Devoir, qui en était à les ouvrir, n’était pas encore rendu à la mienne. Visiblement, le journaliste en question travaille fort pour faire respecter le droit sacré du public à une information de qualité.
D’où la surprise au Devoir.
Cela dit, je ne me suis jamais caché. Et très franchement, cette surprise m’étonne un peu.
Mon nom apparaissait sur le site de ma compagnie, et le nom de ma compagnie, avec la nature de ses activités, sur mon profil LinkedIn. Je travaillais ouvertement à un projet de blogue santé pour le groupe Cossette, projet qui est au moins aussi bon que n’importe quel magazine sur le sujet. Pour le reste, j’engageais des gens, qui en parlaient. Les articles étaient partagés sur les réseaux sociaux. C’était pas un secret.
Et j’en parlais à gauche et à droite (de nombreux journalistes pourront en témoigner, y compris l’auteur du texte de La Presse auquel j’en ai parlé sans gêne une semaine plus tôt, avant même l’entrevue). Donc pour la double vie, on repassera.
Enfin, parlons un peu du sort des pigistes. Ils sont nombreux à m’écrire depuis mardi. Certains pour me demander du boulot. D’autres pour sympathiser, même s’ils ne sont pas d’accord sur le fond. D’autres encore pour dire : heille, moi aussi je fais du corpo, sinon j’arriverais pas.
La vérité, c’est que malgré mon statut de « chroniqueur vedette », à l’exception de la télé et de L’actualité qui me rémunèrent très bien (et Vélo Mag qui me permet de gérer son site Internet pour un cachet appréciable), les tarifs de pige sont monstrueusement bas.
Ah, c’est sûr que c’est de la visibilité d’écrire pour Le Devoir. Mais l’électricien est venu hier. Pour 4 heures de travail, il m’en a coûté 3 chroniques au Devoir.
Je n’ai pas essayé de lui offrir de la visibilité en échange, il m’aurait ri au nez.
Surtout si, comme moi, au-delà de la moitié des clients lui servent la même réponse : on n’a pas d’argent, mais ça va te donner de la visibilité d’avoir eu ton camion stationné devant mon illustre demeure.
Je ne mène pas une vie de fou. Mais mes taxes ont augmenté. Le prix de la nourriture aussi. Les pneus à changer sur l’auto, eux aussi. Ça s’appelle l’inflation.
Un concept qu’ignore la pige dans les médias où les cachets subissent plutôt une déflation. Si bien que les semaines deviennent une folie de création, où l’on n’a plus le temps de réfléchir, parce que forcés de sans cesse produire pour arriver.
J’ai donc, avec mon ami Emmanuel, fondé une compagnie qui fait du marketing de contenu. En gros, il s’agit beaucoup de textes, sur des blogues, qui traitent de sujets qui peuvent intéresser un lectorat qui est aussi une clientèle potentielle. Par exemple : un fabricant de chaussures a récemment fondé un magazine qui ne parle pas de chaussures, mais des préoccupations de ses clients. Mode, lifestyle.
Si cela ressemble beaucoup aux médias que vous connaissez, c’est que la différence réside dans le nombre de bailleurs de fonds. Pour le marketing de contenu : un seul. Pour les médias traditionnels : plusieurs annonceurs.
Pour le reste, dans les projets pour lesquels je travaille, la nature des contenus et leur provenance est toujours claire. Il n’y a pas d’ambiguïté. On ne peut pas toujours en dire autant des médias traditionnels qui, crise oblige, sont autrement forcés d’étirer l’élastique de l’éthique. Mais en se gardant bien de le dire ouvertement.
D’où le certain sentiment d’injustice qui m’habite, alors que je n’ai techniquement ou moralement commis aucune faute, sinon de n’avoir pas suivi à la lettre les balises déontologiques qui servent de garde-fou. Garde-fou que je n’ai cependant pas enjambé.
Malgré cela, je vois pleuvoir les accusations de la part de journalistes au statut privilégié qui, je le comprends, tentent de préserver l’intégrité de leur travail, mais le font en écrasant quelqu’un qui, à moins de faire vœu de pauvreté, ne pouvait pas se permettre de faire uniquement du journalisme. Et qui, puisqu’il publiait en majorité des chroniques d’humeur, se demande s’il en a déjà réellement fait.
»
Le commentaire de Simon Jodoin dans Voir du 9 décembre, puis Fuck you Le Devoir d’un auteur non identifié et ceux de Patrick Lagacé et Nathalie Petrowski dans La Presse.
Le commentaire du Devoir.
Puis Simon Jodoin commente l’article de Nathalie Petrowski.
David Desjardins réagit aux appuis le 13 décembre.
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