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Quand les jambes disent oui, mais que le reste dit non!

« J'ai longtemps hésité avant de prendre part au 808, j'avais plutôt dans l'idée de participer au 404 étant donné mon horaire chargé. Malgré tout, j'étais sur la ligne samedi matin à 7h00 à La Tour des Voyageurs du Mont Tremblant.

Au départ, les concurrents masculins partent fort, comme je l'ai souvent vu dans d'autres épreuves. Je ne me laisse pas impressionner et surtout, je ne me décourage pas lorsqu'ils me devancent. J'adopte un rythme que je sais être capable de tenir des heures durant. Ça va bien! La température est agréable, mes jambes sont fraîches, je le sens! Malgré un petit rhume qui a commencé à la fin de la semaine dernière, je suis en forme!

Arrive le premier ravito, je passe sur le tapis de chronométrage et ne m'arrête même pas. J'ai tout ce dont j'ai besoin grâce aux ravitos express de mon père, qui est pour la première fois à un de mes ultras dans mon équipe de support, et je ne veux pas perdre de temps.

Au deuxième ravito, les animateurs prennent le temps de m'interviewer pendant que mes parents s'occupent de refaire mes réserves d'eau et de nourriture. Il commence à faire très chaud et je suis de plus en plus incommodée. Je me dis que je vais diminuer le rythme, de toute façon j'ai beaucoup d'avance. Une belle surprise m'attend également, ce qui me booste immédiatement; on m'a envoyé des fleurs pour m'encourager à distance. Quelle belle attention d'un "admirateur secret"! Les animateurs ne cessent de me taquiner avec ça, mais je suis tellement heureuse que j'embarque dans le jeu. Je suis affaiblie, mais motivée lorsque je quitte le deuxième ravito.

Arrive le fameux Nordet. C'est avec une moyenne réelle de près de 30km/h que je m'arrête au sommet pour faire une pause. Je n'en peux plus. Mon maillot est envahi par le sel que je perds depuis que le mercure a grimpé en flèche, mes yeux chauffent et ma gorge est en feu à cause de mon rhume. Heureusement, j'ai pris plusieurs cuillères de sel (ark) alors je me sens pas particulièrement déshydratée. Malgré tout, je peine à tenir sur mes deux jambes lorsque je débarque de mon vélo, ma mère est obligée de m'assister pour que je puisse m'asseoir dans le véhicule le temps d'une collation. Des lumières commencent à clignoter dans ma tête, un peu comme dans le tableau de bord d'une voiture qui aurait besoin d'un entretien mécanique. Je m'obstine à repartir, je déteste abandonner et, en diminuant le rythme, je peux y arriver. Je n'ai qu'à profiter de mon avance sur les prévisions horaires que je m'étais faites.

Le trajet se déroule pas si mal, mais ça monte énormément. Je m'épuise, mais je tiens le coup jusqu'au troisième ravito. Plus qu'une étape avant de compléter la première boucle de 404km! Le ravito fait du bien, la chaleur a commencé à tomber et je m'équipe pour rouler la nuit. Je repars avec un tempo conservateur et rallie le quatrième ravito dans un état acceptable. Il est minuit et je commence à avoir envie de dormir; juste une petite heure. Ma mère entre à l'intérieur de la salle qui nous est réservée et se fait un café. Je prends place sur un banc pas confortable du tout, et m'endors aussitôt sur la table à café. Ma mère me laisse quelques minutes, puis me dis : "Jess, faudrait repartir dans pas long." Ouch, je n'ai vraiment pas envie de pédaler! La table est si invitante !

On ressort à l'extérieur et malgré mes trois bonnes couches de vêtements secs, je suis frigorifiée. J'enfourche mon vélo et roule une dizaine de kilomètres avant que l'on s'arrête dans une station d'essence, on doit faire le plein. J'en profite pour me prendre un chocolat chaud. Je me promets une gorgée pour me récompenser tous les 10 kms roulés. Une quinzaine de kilomètres plus tard, je n'en peux plus. Mes dents claquent, un mal de tête commence à se pointer malgré les Advil Rhume et sinus que je m'enfile aux quatre heures. Ça va mal et je suis somnolente! Je fais signe à mes parents de se ranger, je dois avoir leur avis. Le seul contact de ma mère avec ma peau brûlante suffit; c'est fini. Elle est nerveuse à l'idée que je continue dans cet état et mon père tente de rationaliser en combattant sa propre envie de sommeil. Je me fais à l'idée tranquillement pendant qu'on embarque mon vélo sur le toit du véhicule.

Le sport c'est aussi ça, c'est des hauts et des bas, des bonnes journées et des mauvaises journées. En ultra, avec les longues durées viennent les chances de problèmes hors de notre contrôle, car la distance et le temps sont décuplés.

Je le sais que j'ai pris la bonne décision. C'est difficile, mais je le sais! Et ça, ça compte plus que tout.

En continuant, je me mettais en danger. Je n'avais plus ma vigilance, rester sur mon vélo et pédaler me prenaient déjà toute mon énergie. Mes parents m'ont même dit que j'avais failli rouler sur une mouffette et je ne m'en suis pas rendue compte, je pense que ça a été déterminant dans leurs conseils de m'arrêter !

Vers la fin, lorsque j'arrêtais je me disais : on est un peu niaiseux de se mettre dans cette situation. Étrangement, ma réflexion va dans ce sens : je suis déjà allée explorer les limites de mon corps et je me demande désormais si j'ai envie de continuer à me mettre dans ces situations anormales. Je pense que je resterai toujours un peu "extrême" dans ma pratique sportive, ça fait partie de moi, mais la réflexion est ouverte :). Peut-être ai-je seulement besoin d'un peu de recul, question de me concentrer sur mes projets professionnels et personnels? Dans tous les cas, la santé avant tout!

Je remercie mes parents qui ont fait un travail colossal et impeccable pour m'assister, mon "admirateur secret" qui a mis une étincelle de bonheur supplémentaire dans ma journée, l'organisation du Défi 808 Bonneville qui a été professionnelle et irréprochable.

De plus, Merci à vous tous pour vos encouragements qui m'amènent toujours à me dépasser et à garder la bonne voie. Prochain défi... à suivre! Ça ne devrait pas être long avant que je trouve une nouvelle idée un peu farfelue ;-)!

Maintenant, place au repos, le vrai! »

Jessica Bélisle, sur facebook, 24 septembre


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