Journal de Québec 9 juillet 2023
Jean-François Racine
L’anecdote vaut la peine d’être racontée pour expliquer quel type d’athlète est Michael Woods.
La mise en contexte est également importante même si je déteste être au cœur de l’histoire. Un journaliste doit être en retrait.
Il peut être cliché de dire de quelqu’un qu’il est généreux, accessible et reconnaissant. Woods l’est véritablement et les sportifs ne le sont pas tous évidemment.
J’
ai toujours fait du vélo de compétition moi-même. En fait, je ne crois pas avoir manqué un seul week-end de compétition entre 1993 et 2015. C’est peu dire. Même si je suis entré au Journal de Québec en août 2003, j’ai continué à courir jusqu’à l’âge de 35 ans dans plusieurs équipes performantes alors que j’étais le seul à occuper un emploi à temps plein. J’ai passé une saison complète avec Hugo Houle comme équipier en 2009, et une autre en 2013 alors que Michael Woods, dit Michel Dubois au Québec, était une recrue exceptionnelle mais sans grande connaissance du cyclisme au sein de la défunte équipe Garneau-Québecor.
Je n’ai jamais été proche de lui à l’époque mais Mike a toujours su remercier son entourage, ses équipiers et le personnel de sa formation.
« Je suis fier de moi, fier de mon équipe », ont été, sans surprise, ses premiers mots hier.
Angoisses paternelles
En septembre 2018, lui et sa conjointe Elly ont perdu un enfant à la naissance. Une épreuve terrible. L’été suivant à Bruxelles, au départ du Tour de France 2019, nos conjointes respectives vivaient un début de grossesse difficile et inquiétant. Au lieu de l’entrevue, nous nous sommes retrouvés à parler de nos angoisses paternelles. Heureusement, les deux bébés sont nés en santé pratiquement dans la même semaine au début de l’année 2020.
Avec la foutue COVID-19, le Tour de France 2020 a été décalé de quelques semaines à la fin de l’été. Impossible d’être présent, mais dans une conférence de presse téléphonique avec Chris Froome, quadruple vainqueur du Tour, Woods m’a jeté par terre en répondant à ma question devant tous les médias internationaux.
« Salut J-F ! Vous savez, J-F était mon coéquipier à mes débuts chez Garneau à Québec...»
Qu’est-ce que les Belges, les Italiens et les Français en avaient à foutre du coureur amateur totalement inconnu, meilleur avec les mots que sur une bécane ? Rien du tout. Sauf que Michael Woods n’oublie jamais personne.
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